Il m'a semblé opportun de choisir précisément ce dimanche en particulier pour vous parler de ce sujet. J'ai en effet découvert hier soir un article de Libération qui l'évoquait, et ce que j'y ai lu a aussitôt fait sens à mes yeux. Ou plutôt, à mon vécu personnel. j'ai en effet perdu ma mère il y a quelques mois, et j'ai donc pu m'en faire une opinion circonstanciée.
Je veux évoquer aujourd'hui le sujet du capitalisme funéraire. Je sais fort bien que ce sujet en heurtera plus d'un.e, et notamment ma compagne, que j'accompagnerai ce matin au cimetière pour honorer la mémoire de ses grands parents, en y déposant une composition florale de circonstance. Rien que sur ce sujet j'ai déjà des choses à dire. Pourquoi par exemple ne choisir que certaines fleurs et non d'autres pour signifier son attachement à cette mémoire particulière ? Et pourquoi à l'inverse refuser catégoriquement le fait de s'offrir ou d'offrir à d'autres des chrysanthèmes ou des dahlias, alors qu'ils sont pour beaucoup si merveilleux, alors que les morts, quelles que soient leurs qualités par ailleurs et la nécessité de respecter ou d'honorer leur mémoire, n'ont plus d'yeux pour les voir ? Et si l'on honorait plutôt les vivants ?
Ensuite, le fait principal. IL est indéniable qu'un certain nombre de margoulins se construisent une petite fortune personnelle sur le dos des morts, ou plutôt de leurs ayant-droits, qui ne sont pas tous fortunés au point de se payer une sépulture traditionnelle, avec tombe, cercueil et tutti quanti. Et donc, on devrait accepter que des familles peu fortunées déjà peu favorisées par le sort se voient qui plus est plumées encore plus par des sociétés funéraires sans scrupules d'aucune sorte ?
L'idée de ce collectif que je ne connaissais pas m'apparait séduisante, mais reste à creuser. Etablir une forme de sécurité sociale de la mort, pourquoi pas ?
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Je suis donc allé voir, n'ayant pas accès à l'article payant de Libération, ce que proposait ce collectif...
Sur leur compte facebook, j'ai trouvé cette petite BD illustratrice de leur concept de Sécurité Sociale de la mort :
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... ainsi qu'une série de Podcasts à écouter plus tard, sur Radio France :
Voilà un thème qui fait peur à tant d'autres, minutieusement exploré, comme j'aime. Examiner toutes les facettes d'une problématique, ça me va ! :)
Moi, je suis allé écouter celui-ci :
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Ce qui m'a frappé, à l'écoute de cet épisode, c'est la technicité de la chose. Il vaut mieux être précisément informé en amont de tous les choix qui s'imposent à vous. Car vos décisions devront être prises en un temps parfois très limité, surtout au moment du décès, alors qu'en fonction de vos orientations et de vos souhaits, vous risquez de vous retrouver dans une situation financière qui peut s’avérer catastrophique pour les plus démunis d'entre nous. Et puis, ce que j'ai appris m'a permis de lever des confusions, comme par exemple ce lieu commun qu'est la fosse commune, à ne pas confondre avec le carré commun, ou d'enrichir ma culture, comme avec l'origine des Pompes Funèbres, et son dérivé, Pompeux" (voilà qui en dit bien assez long). Le narrateur, un sociologue, explique fort bien comment la pratique funéraire s'adaptait au niveau social du défunt. Richard Monvoisin, présenté ici comme sociologue (la réalité m'apparait plus nuancée), a en effet voulu savoir dans ce document sonore "comment ça se passait pour les gens qui n'ont pas les moyens". Vous comprendrez donc que forcément, ça me parle, tant cette interrogation fait sens avec mes convictions et mes priorités personnelles. Richard Monvoisin interroge un professionnel funéraire qui explique fort bien les différentes étapes et variantes d'une inhumation. Il met par exemple en parallèle le fait de creuser une tombe et son coût, avec celui d'une tranchée creusée pour d'autres raisons personnelles par des professionnels, pour justifier du montant de la prestation des Pompes Funèbres. Il faut savoir également qu'il y a environ une quinzaine de personnes qui vont contribuer à ce que votre défunt soit enterré dans de bonnes conditions, nous dit-il... Certes. Mais alors, quid de ceux qui ne peuvent pas payer un enterrement classique selon les formes socialement admises ? Le professionnel nous parle alors de ce carré commun, qui est un espace, une concession que doit obligatoirement fournir la commune du défunt, pour 5 ans. Et au bout de ce laps de temps, que se passe-t-il ? C'est la mairie qui peut faire le choix de faire exhumer le corps (pour récupérer la concession pour d'autres personnes sans ressources) pour une crémation administrative ou le déposer dans un ossuaire collectif, "en fonction de l'état du cercueil du défunt", nous précise-t-il. Ce carré commun, c'est un espace réduit à la plus simple expression du cimetière, avec un terrain nu et de petites croix en bois.
Forcément, vous voyez peut-être où je veux en venir, voilà qui fait le lien avec un autre collectif, celui des morts de la rue, que j'évoquais encore il y a peu ici. Même cause, même combat utile et nécessaire. Ce collectif milite pour faire respecter la mémoire des plus humbles, en essayant de faire en sorte que soient rassemblés à l'occasion de l'enterrement les personnes qui ont connu de son vivant celui qui disparait. Et même quand il n'y a personne, les représentants du collectif des morts de la rue est là, pour faire respecter la mémoire de celui ou de celle qui pour tant d'autres, les nantis, n'était rien, et ne méritait même pas une seconde d'attention. Voilà qui me parle, et m'émeut.
Et je pense soudain, préoccupé par l'idée de pouvoir militer dans ce sens là aussi, après avoir professionnellement et personnellement accompagné des personnes pudiquement nommées "en difficultés sociales", à pouvoir les accompagner, leur consacrer un peu de temps, lors de leur mort aussi, un moment où ils sont encore plus exclus que de leur vivant. Qui s'occupe d'eux, en effet, à cet instant précis ? Mais est-ce qu'un collectif existe, dans le lieu où j'habite ? Rien n'est moins sûr... Le créer moi-même, alors ?
A voir...
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