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Pour me tenir un peu au courant, restant toujours en alerte sur ce qui menace nos libertés fondamentales, j'ai été très surpris de l'annonce officielle par Michel Barnier dans son Discours de Politique générale, de la généralisation de la vidéosurveillance algorithmique (VSA), dont je connaissais déjà un certain nombre de travers pour le moins inquiétants. Et notamment, ce qui n'est pas rien à mon sens, je pensais alors au fait que cette technologie (confiée à des intérêts privés qui sont économiquement parlant forts attachés à son essor tant le marché est juteux), soit exclusivement basée sur une vision terroriste de la société. Doit-on bâtir un projet de civilisation uniquement sur la peur ? Je ne crois pas que cela soit souhaitable, même si ça fait la fortune des marchands et des politiques d'extrême-droite.
La question est cruciale car la contrepartie négative de cette soi-disant sécurité commence à avoir beaucoup de similitudes avec un mode de gouvernement autoritaire d'essence fasciste. Ce qu'on nomme surveillance de masse se fait souvent en effet sur la base de préjugés dominants assez immondes... Il n'y a qu'à étudier comme je l'ai fait pendant de nombreuses années le sujet des contrôles au faciès, que la Police Nationale et plus largement les ministres de l'Intérieur successifs ont maintenu malgré de nombreux avis judiciaires qui ont définitivement condamné l'Etat français, pour comprendre l'ampleur du problème qui sera forcément démultiplié par le recours aux technologies de ce type. Les préjugés racistes, sexistes, pauvrophobes, les perceptions sociologiques orientées et pré-définies qui ne supportent pas la contestation ont forcément une influence néfaste sur ce genre de moyens d'observation de la vie publique et individuelle. Voulons nous d'une société où tout est observé, analysé, disséqué, et éventuellement tordu pour en faire un objet délictueux, au plus grand détriment de notre vie intime, et de la richesse des relations interpersonnelles comme de la créativité individuelle et collective qui se fout bien des règles qui régissent le regard policier ? Il y a en effet parfois de quoi rire...
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Le fait d'avoir utilisé la VSA sans le moindre débat ni la moindre approbation populaire d'aucune sorte en l'imposant, malgré toutes les réserves que cette technologie implique, pendant les Jeux Olympiques, en dépit de ses failles grossières connues des spécialistes, m'indignait déjà fortement. Et moi, je sais pourquoi, contrairement aux imbéciles, sans vraiment beaucoup de lumière à tous les étages de leur petite construction personnelle, qui ne manqueront pas de rétorquer à la simple vue du sujet :
" Mais qu'avez vous à craindre, les gauchistes, si vous n'avez rien à vous reprocher ? ".
Tout simplement ceci :
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Mais je m'emballe, emporté par ma colère, alors qu'il s'agirait de commencer par le début, en expliquant le plus clairement possible ce dont il s'agit :
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source (une définition plus précise et détaillée nous est proposée ici par la Quadrature du Net). |
On peut donc comprendre à la faveur de cette définition que derrière les caméras "intelligentes" (vraiment ?) en question, il y a des êtres humains qui programment ce qu'elles doivent détecter comme situations prédéfinies. Or, c'est bien là tout le problème, les individus en question sont eux mêmes porteurs de biais cognitifs discriminants en fonction de leurs propres présupposés. Et si ces présupposés sont racistes, pauvrophobes, ou anti-gauchistes, il y a de quoi craindre bien des méprises. Mais sans même aller jusque là (même si c'est scientifiquement démontré), le fait de faire aveuglément confiance à cette technologie entraînera forcément des méprises attentatoires à notre liberté, et auront un impact significatif sur la vie des gens qu'elle prendra dans ses filets.
De plus, ce qui est un comble n'est-ce pas Monsieur Estrosi, champion en titre de la surveillance municipale totale, tordons le coup à une idée reçue que nous vendent les marchands d'une illusoire sécurité : la vidéosurveillance ne fait pas baisser la criminalité, de nombreuses études à travers le monde l'ont déjà démontré factuellement.
Je ne comprends en outre pas pourquoi, surtout à un moment où l'on déplore un déficit budgétaire abyssal, et où on demande des efforts toujours au mêmes (allant jusqu'à geler l'indexation des retraites sur l'inflation(1) malgré l'annonce qu'on ne taxerait que les plus riches et les entreprises), on projette de déployer cette technologie sans examiner cette question au regard de son coût pharamineux, à la fois sur le plan humain, en termes de respect des libertés individuelles et collectives, tout comme sur le plan financier, ce qui devrait être une question de bon sens, rarement posée de manière pragmatique hélas.
On ne peut pas s'empêcher de penser qui plus est, sur un plan métapolitique, que cette technologie pourtant si terriblement faillible servira à contrôler massivement tout un peuple que l'on sait rétif aux changements qui s'annoncent, afin de l'asservir, et pour canaliser ses révoltes fortement prévisibles lorsqu'il découvrira à quel point on va tenter de lui brouter la laine sur le dos...
Pour clore temporairement cette thématique, j'ai été je l'avoue plutôt consterné par l'amateurisme de ce gouvernement qui a dû rétropédaler après avoir annoncé trop rapidement la généralisation de la VSA, car c'était sans compter sur l'agacement tout à fait légitime des membres du comité d'évaluation qui planche sur le sujet... et qui se demandait à quoi ils servaient si l'on n'attendait même pas la fin de leurs travaux avant de lancer cette regrettable généralisation, si attentatoire à nos libertés publiques, si coûteuse, et qui a si peu fait la démonstration qui plus est de son efficacité tout comme de son absence de biais cognitifs éminemment discriminatoires, alors que la VSA peut avoir un impact si important sur nos vies...
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C'est un peu passé inaperçu dans les médias et dans les consciences populaires qui n'a visiblement cure du sujet qui n'intéresse que quelques spécialistes hélas, mais le gouvernement a dû rétropédaler en annonçant ensuite qu'il allait attendre effectivement la fin des travaux de ce Comité qui lui prend le sujet au sérieux, sans la pression des forces économiques qui y ont si grandement intérêt.
Tant d'amateurisme gouvernemental, de la part d'un ministre qui par ailleurs ne cesse de monter sur ses ergots pour déclamer des discours aussi péremptoires que mal informés, me consterne infiniment. Nous sommes gouvernés décidément par de biens médiocres personnages idéologiquement si discutables qui plus est. ET cela est terrifiant, pour le coup.
(1) Ce qui est d'autant plus scandaleux quand on connait le montant moyen des retraites, et que l'on sait que 2 Millions de personnes âgées vivent déjà sous le seuil de pauvreté...
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