Ceux qui veulent contrôler la manière dont s'habillent les femmes, jusqu'à mesurer la longueur de leurs robes, sont rarement du bon côté de l'histoire. Deux événements récents viennent pourtant illustrer le caractère particulièrement réactionnaire de notre société française, en proie à ses pires démons...
La fRance n'a en effet toujours pas extirpé de ses flancs ses haines non résolues ni dépassées provenant de la vague d'attentats terroristes islamiques des débuts du XXIème siècle : celui du World Trade Center en 2001 aux USA, mais aussi et plus particulièrement en France avec la tuerie de Mohamed Merah en mars 2012, celle de Charlie Hebdo et de l'hyper Casher en janvier 2015, la série d’attaques du 13 novembre 2015 (Stade de France, clients de terrasses parisiennes et des passants, massacre du Bataclan...), le meurtre de Samuel Paty en octobre 2020, ou du prêtre Jacques Hamel à Saint-Etienne du Rouvray. Des événements horribles qui ont créé un impact psychologique indéniable dans une grande partie de la population, traumatisée, qui ne peut plus s'empêcher, plus ou moins consciemment, de voir des terroristes derrière chaque musulman, et qui prétendent poursuivre une nouvelle guerre faite à tous les musulmans, en vertu de ce péril terroriste djihadiste. Un phénomène qui explique également en partie à mon sens l'essor significatif de l'extrême droite aux élections récentes, qui ne risque pas de s'éteindre avec certains illuminés qui composent le gouvernement Barnier, et dont on connait les obsessions racistes, xénophobes, et anti-musulmanes.
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La première est la dernière décision du Conseil d’État, qui donne donc raison au si bref ministre de l'Education Nationale qui s'est habilement fait mousser en lançant dès sa nomination une polémique sur les abayas, alors qu'il s'agit d'un phénomène si minoritaire (0,002 % très exactement à la rentrée 2023/24). Etait-il donc si utile et primordial de légiférer ?
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Je défie quiconque de faire la différence entre une robe de type oriental comme celle ci-dessus et ce qui est sensé représenter une appartenance religieuse, et donc une forme de prosélytisme vestimentaire qui permettrait à des courants religieux islamiques de faire de l'entrisme dans le sacro-saint temple de l’Éducation Nationale, réputé laïc alors qu'il l'est si peu, et pas toujours seulement dans l'éducation privée. On ne me fera jamais croire en effet que les signes de prosélytisme provenant d'autres religions, comme le catholicisme et sa croix portée si ostensiblement en bien des lieux, y compris par des personnalités publiques faisant autorité, sont aussi outrancièrement chassés que le sont les porteurs/euses de signes réputés musulmans. C'est donc pour moi une forme de discrimination qui, bien qu'athée, m'est intolérable. Car si l'on veut être juste, c'est soit tout le monde, soit personne. Et nous sommes bien loin de cette justice là, comme tout le monde peut le constater autour de lui chaque jour.
Le deuxième événement nous est relaté par France Bleu, qui évoque le risque de licenciement de deux salariées de l'Association de Réinsertion Sociale (ARS) de Nancy, pour raison de port de voile :
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Il me semble important de connaitre le contexte. A leur retour de vacances, deux salariées apprennent que le règlement intérieur de l'association a changé, et que le port du voile est prohibé. Elles auraient très bien pu se faire toutes petites et tenter de passer entre les gouttes... mais non : elles ont pris le taureau par les cornes, et ont demandé spontanément à rencontrer la direction pour tenter le débat, en vain. On leur a répondu que c'était soit elles ôtent leur voile, soit elles démissionnent, soit elles sont licenciées. Bel humanisme que voilà, pour une association à vocation sociale, soi-disant ! La direction s'appuie sur l'argument à mon sens fallacieux selon lequel cette association accomplirait une action de service public, seul moyen juridique de tenter d'assoir leur interdiction. Il va falloir démontrer la réalité de cette assertion devant un tribunal. Ce n'est pas aprce que l'Etat français se débarrasse de toutes ses prérogatives, comme l'action sociale et les services rendus aux plus démunis, sur el dos des associations, qu'elles accomplissent toute une mission de service public ! Ou alors dans ce cas, la quasi totalité des associations pourraient être concernées !
Une grande partie des salariés de l'association ont d'ailleurs pris fait et cause pour les deux salariés discriminées :
"C'est des collègues qui font parfaitement leur travail, qui ont intégré l'association depuis trois, quatre ans. Ça n'a jamais posé de problème. En France, on peut exercer notre profession et être musulman, être catholique, être juif." Une décision qui va aussi, selon Emmanuel, travailleur social, à contre courant des valeurs que porte l'association, "des valeurs d'humanisme, d'accueil, de réconfort, de gens en souffrance." (source)
Il aura donc fallu attendre 4 ans pour l'une et 3 pour l'autre pour prendre une telle décision... Au moment où un gouvernement est opportunément nommé dans la frange la plus réactionnaire de notre personnel politique, en dépit des résultats des élections ? Constater qu'à Nancy, H&M est plus ouvert sur le sujet que l'ARS, voilà qui ne manque pas de sel...
La présidente de l'ARS, Valérie Jurin, se trouve être - un hasard, assurément - enseignante certifiée de l'Institution Saint-Dominique, comme nous le révèle son compte Linkedin. Il convient bien entendu de n'y voir là aucun symptôme, n'est-ce pas ? Pas plus qu'à l'opportun soutien d'un certain ministre de l'intérieur qui se situe du même côté de l'échiquier politique et religieux, et qui voue depuis longtemps une haine affichée pour les musulmans ?
Mais qu'on ne me demande pas de cautionner cette nouvelle guerre des religions là.
Et pour bien clarifier ma position sur ce sujet, je me suis déjà exprimé longuement ailleurs sur l'idéologie et le comportement des gens qui, en vertu d'un républicanisme qui reste à démontrer, prétendent utiliser le concept dévoyé de laïcité pour régler leurs comptes avec une religion ennemie, ou plus sournoisement, donner une forme acceptable à leur racisme et leur xénophobie. Nul ne devrait être dupe.
Post- Scriptum : sur le sujet des 2 salariées de l’Ars, lire aussi cet article utile de Streetpress.
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