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Cette situation est proprement révoltante au regard des règles démocratiques les plus élémentaires, que le premier ministre s'empresse donc à peine nommé de fouler du pied, avec une grande arrogance. J'espère franchement qu'il lui en coûtera. Car enfin, voir deux Députés pourtant opposées politiquement, l'un de gauche, le Président de la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale, Eric Coquerel, et l'autre de droite, Charles De Courson, Rapporteur de celle-ci, éconduits comme de vulgaires manants de Matignon et de Bercy, voilà qui ne grandit pas l'image de ce pays. Les deux grands trésoriers de la Chambre Basse étaient venus réclamer, comme ils avaient eu la courtoisie d'en prévenir qui de droit par voie de presse, l’accès à des documents, signés de la main du premier ministre, qui fixent les crédits de chaque ministère pour l’année à venir. On appelle cela des Lettres Plafond, et l'affaire fait grand bruit dans le Landerneau politique, au point que l'on s'interroge à présent sur ce que peu bien cacher de si terriblement explosif ces documents de cadrage financier, déjà envoyés aux ministères par le gouvernement démissionnaire avant même qu'un autre premier ministre soit désigné, ce qui rend ce procédé plus que sournois, et franchement discourtois pour le chef de gouvernement suivant, qui se voit donc contraint, compte-tenu de la brièveté des délais légaux. Le budget de l’État doit en effet être examiné par l'Assemblée nationale et le Sénat avant le 1er octobre. D'où la surprise (feinte à mon avis) de Barnier qui prétend découvrir une situation plus grave qu'il ne le supputait, et qui justifierait qu'il enfreigne la date butoir d'examen dudit budget. Ben tiens. Juste histoire d'être raccord et de trouver des arrangements avec sa conscience pour annoncer dans quelques semaines que les français devront se serrer de nouveau la ceinture, comme s'ils ne le faisaient déjà pas assez avec les augmentations exorbitantes des prix de l'alimentation, et de l'énergie ?
La ficelle est un peu grosse, mais Macron continue de la tirer comme si de rien n'était. Il s'agit purement et simplement de ne pas laisser le temps aux oppositions de s'emparer du contenu de ces documents de cadrage, ni au premier ministre d'opérer des changements fondamentaux dans la structure de ce budget, car il est pressé par le temps. Nul ne devrait être dupe. Le stratagème est proprement inadmissible, insupportable, et frontalement anti-démocratique. Macron continue donc, malgré la promesse de rendre de nouveau l'Assemblée Nationale actrice d'une sorte de renouveau démocratique, de la priver de ses prérogatives et de cracher ouvertement sur l'esprit démocratique, comme il l'a fait en ne nommant pas un premier ministre issu des rangs de la formation politique qui est arrivée en tête des élections législatives anticipées... par lui. La clarification attendue donne des résultats très clairs à présent : le roi est nu, et ce n'est pas un démocrate. Macron se fout totalement des règles démocratiques les plus élémentaires, sur ce sujet comme sur d'autres, et l'on vous aura prévenu.
Post-scriptum : quelques heures après l'écriture de ce billet de blog, on apprenait que la Commission des Finances de l'A.N. recevait enfin des indications sur le futur budget de l'Etat.
... et comme c'était à craindre, plusieurs ministères connaitront des coupes sombres sans précédents :
- - des coups de rabots dans les aides au développement, le Travail et l'Agriculture
- - Plusieurs notes du Trésor et de précédents documents budgétaires ont fait état d'un déficit largement supérieur à ce qui était prévu en 2024 (5,6% au lieu de 5,1%) et aussi en 2025 (6,2% au lieu de 4,1%).
- D'autres coupes et des hausses d'impôts en vue, bien que le sujet ce ces hausses et ses cibles soient encore très flous
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