Autant vous l'avouer, j'ai hésité à intituler ce billet d'humeur "Ancien chômeur de longue durée, je suis devenu conseiller en insertion professionnelle" ou un truc du genre. J'aurais ainsi pu baguenauder allègrement entre des thématiques dédiées que je connais sur le bout des ongles, entre le traitement social du chômage et les politiques de l'emploi et de la formation, ou les règles fluctuantes de l'indemnisation du chômage, tellement complexes qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits. J'ai demandé une fois des explications à un conseiller indemnisation. je n'aurais pas dû : je me suis retrouvé face à une page de calculs tellement dense que cela m'a projeté violemment contre le mur de mon incompétence mathématique légendaire, et que j'ai dû appeler mon fils au secours, très angoissé. Alors autant vous le dire tout de suite : je hais les profs de maths, et ils me l'ont bien rendu dans ma jeunesse, en se servant de moi assez régulièrement comme de leur souffre-douleurs, prompts qu'ils étaient alors à faire de moi l'unique objet des risées de toute une classe confondue par tant d'éloignement d'avec la chose chiffrée, du moins sur le plan purement conceptuel... Les théorèmes, ça me colle de l'urticaire. Mais je suis cependant bien meilleur en comptabilité générale et en analyse financière, comme la suite de ma carrière l'a un peu démontré. Fermons là cette parenthèse inutile.
Inutile ? Non, pas tout à fait. Car les chiffres vont nous être pour le coup d'une grande utilité pour claquer son beignet à l'arrogant arriviste dont il s'agit, et de ses déclarations aussi péremptoires que sa totale déconnexion d'avec la réalité populaire quotidienne est indiscutable. Certains ont d'ailleurs avant moi bruyamment insisté sur les réseaux (a)sociaux sur le fait qu'il était à peine sorti d'études assez approximatives qu'il a aussitôt embrassé la carrière politique pour se mettre dans les pas de Macron. En ne travaillant jamais dans le monde réel, ailleurs qu'en politique donc... Mais voilà où je veux en venir après cette longue entrée en matière :
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Depuis trois mois, l’exécutif manifeste sa volonté de durcir encore les droits à l’assurance chômage, après deux réformes controversées en ce sens en 2019 et 2023. « Ce chemin vers le plein-emploi, (…) nous ne l’avons pas encore terminé », a affirmé Gabriel Attal, en souhaitant à nouveau que le travail « paie mieux et toujours plus que l’inactivité ». « Cela nécessitera des décisions difficiles et nous sommes prêts à les prendre », a ajouté le chef du gouvernement. (source)
Ces informations m'ont profondément révolté et choqué. J'ai été sans emploi à plusieurs reprises, et en situation de précarité bien plus souvent qu'à mon tour. Et comme j'ai toujours travaillé dans le secteur social et socio-professionnel tout au long de ma carrière, constituée de nombreux emplois en CDD et de courtes missions, je connais mon sujet. A près de 60 ans, autant vous dire que des politiques de l'emploi, j'en ai connues... Et je peux aussi vous faire savoir qu'en temps que professionnel de ce secteur, je n'ai jamais connu une telle absence de politique de l'emploi, justement. Le macronisme se caractérise en effet depuis le tout premier mandat comme l'absence totale de considérations sociales, tous les professionnels peuvent en témoigner. Ainsi, les multiples dispositifs de contrats aidés destinés à mettre le pied à l'étrier des personnes sans qualification professionnelle et ou "éloignés de l'emploi" ont pour la plupart disparu, et ne sont pas en nombre suffisant pour répondre à la demande. De plus, bien loin du refrain rassurant du gouvernement et de ses sympathisants sur l'embellie de l'emploi (oui, mais lequel ? ) qui a justifié la dernière réforme de l'assurance-chômage, laquelle a réduit significativement les droits des privés d'emploi, plusieurs phénomènes et informations sont à prendre en compte dans cette vision ultra-médiatisée et si caricaturale que nous avons de ce sujet de la recherche d'emploi.
Tout d'abord, en fonction de l'âge du public analysé, la réalité n'est pas la même.
Le paquet a été mis en effet par le gouvernement sur la jeunesse, avec ses formules de pure com à l'emporte-pièces, titrant ainsi son train de mesures spécifiques "un jeune, une solution". Je le connais assez bien pour avoir accompagné des jeunes dans ses dispositifs dédiés (Garantie Jeunes, Contrat d'Engagement Jeunes, lequel a servi de précurseur à la mesure décriée - à juste titre, pour des tas de raison - sur les 15 heures d’activités des bénéficiaires du RSA) qui favorisent davantage la mise à l'emploi direct que l'acheminement progressif et individualisé vers l'emploi choisi. Car pour accompagner correctement quelqu'un vers l'emploi, il y faut une vision globale, proche du coaching, afin de mettre en place les conditions de la confiance, seule de nature à faire émerger Les éventuels "freins à l'emploi", dont certaines difficultés sociales que France Travail n'est pas en mesure de traiter,ven tous cas. Pas seul. De plus, les crédits alloués à la formation n'ont jamais été aussi bas, et l'on prétexte pour cela le recours à l'alternance, qui n'est pas l'outil miracle que l'on prétend, et connait bien des dérives et des abus.. Jusqu'à l'escroquerie totale. Et je ne parle même pas de l'inefficacité probante de la formation initiale, qui souffre tant de la faiblesse des crédits alloués, et des erreurs stratégiques en termes de connexion avec la réalité des situations de travail.
Ensuite, il existe indéniablement des discriminations à l'embauche en fonction de l'âge, du genre, de la nationalité, de l'origine ethnique ou/et religieuse, ou de son état de santé (surtout quand on est porteur/se d'un handicap)
S'il existe des dispositifs, des mesures et des organismes dédiés à l'emploi des personnes qui possèdent une RQTH (reconnaissance de handicap), ceux-ci ne sont pas assez efficients, voire carrément dysfonctionnants comme c'est le cas dans mon propre département, au point que les demandeurs d'emploi concernés se retrouvent en toute indécence et de manière totalement irrespectueuse ballotés comme des fétus de paille d'un endroit à un autre, d'un conseiller à un autre, sans l'ombre d'une solution réelle, ce qui m'est profondément insupportable)
Pour ce qui concerne le public "seniors" (dont je fais partie), je suis frontalement, ouvertement et profondément scandalisé par une réforme des retraites qui n'a fait que nous obliger à travailler deux ans de plus sans la moindre contrepartie d'aucune sorte. J'ai vu des gens, proches de quelques mois ou parfois même de quelques semaines seulement, contraints de décaler tous leurs projets de retraite en raison de l'application de cette loi absurde et injuste, rejetée par la quasi totalité de la population hormis ceux qu'elle ne concerne pas, notamment en raison de leur aisance financière ou d'un travail peu pénible, notamment physiquement. Et que cette loi injuste et anti-sociale ne soit pas assortie de solutions, de mesures, de dispositifs pour accompagner l'emploi des séniors, pour leur départ en retraite progressive, ou/et de changements sur la nature de leurs tâches comme par exemple la possibilité d'être affectés à des activités de tutorat et d'intégration des nouveaux salariés, de formation, de passage de relais... Voilà qui m'insupporte au plus haut point. Quel cynisme d'Etat !!! Et cela d'autant plus que les mentalités dans notre pays et l'attitude des employeurs n'est pas exactement favorable à l'embauche de personnes de plus de 50 ans, je peux en témoigner par mon exemple personnel tout comme par ceux des personnes que j'accompagne au quotidien, qui se voient au mieux proposer par Pôle Emploi/France Travail des ateliers sur le CV à ... deux mois de la retraite ! Bienvenue en Absurdie... Quand je remplis leur bilan de fin d'accompagnement et que je dois répondre à la question " Perspectives d'employabilité, je souris. Jaune.
Pour abréger votre lecture et ménager votre vision (rester trop longtemps devant un écran abîme ;), je terminerai par l'essentiel. Je connais cette réalité là depuis que je suis en âge de travailler, et le discours stigmatisantt des politiques et chroniqueurs de tous poils, issus du même sérail, qui comme cet arrogant petit premier ministre ne savent absolument pas de quoi ils/elles parlent pour ne l'avoir jamais connu. Je veux parler de cette conception erronée et idéologiquement reconnaissable de ceux qui propagent l'image ignoble du chômeur encroûté dans son chômage, sale et méchant, qui ne se lève plus le matin, passe son temps sur des écrans à jouer ou à regarder des films en streaming, qui exploite le système en profitant de revenus alléchants qui lui permettraient selon la légende urbaine de rouler en SUV Mercédès et de se payer des vacances aux Maldives ou ailleurs. La preuve : on l'a vu sur son profil facebook. La bonne blague. Si l'on ne peut dénier que quelques individus isolés peuvent se révéler de véritables escrocs à l'assurance chômage, il s'agit de cas isolés qui ne reflètent en aucun cas la réalité avec laquelle je suis en contact au quotidien : la plupart des gens souffrent de leur chômage, c'est un mal honteux qu'ils cachent comme s'ils avaient la lèpre, tant il est si mal vu dans notre société en général, au point qu'il ne viendrait à l'idée de personne de revendiquer le droit à la paresse brandi par les anarchistes dans mon genre auprès d'interlocuteurs peu avertis de cette perception différente du monde et de cette philosophie de l'existence.
Et d'ailleurs, je n'aurais même pas besoin de dire à Gabriel "ôte toi de mon soleil !". Il ne me fait pas d'ombre : il est bien trop petit...
Car comment expliquer autrement que par sa petitesse d'esprit le fait qu'il ne soit pas en mesure de me contredire sur les faits suivants :
Nous avons d'un côté Plus de 5 millions 100 OOO demandeurs d'emploi...
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.... et de l'autre quelques centaines seulement de milliers d'emplois non pourvus, et l'on voudrait nous faire croire que les chômeurs seraient d'ignobles profiteurs qui refusent les emplois qui leur sont proposés ? ( Et encore faudrait-il que France Travail leur en propose en quantité et qualité suffisante...
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Je suis dans un métier où je suis bombardé d'offres d'emplois et de clins d’œil bien appuyés de la part du "service public de l'emploi" (dont les services sont d'ailleurs assez massivement sous-traités à des sociétés privées comme celle pour laquelle je travaille. Cherchez l'erreur... ) sur la présence de métiers dits "en tension ou qui sont très gourmands en main d’œuvre...
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Et donc ? Faudrait-il que ceux et celles que j'accompagne se découvrent soudainement une passion pour le nettoyage de surface ou la toilette des petits vieux en se montrant qui plus est totalement disponibles et déterminés à occuper un emploi qui leur apportera une totale et indiscutable satisfaction personnelle (hashtag #oupas) ?
De plus, combien même ils trouveraient un emploi qui répondraient au moins à leurs besoins les plus primaires (ce qu'on appelle un boulot purement alimentaire) beaucoup savent déjà à quoi s'attendre sur l'épanouissement qu'ils trouveront au travail, entre les plannings jamais respectés, modifiés à la dernière minute au mépris le plus total des délais de prévenance, les chefs autoritaires et maltraitants, les salaires de misère où il faudrait trimer pour un smic avec un bac+5 (à moins 5, le résultat est le même, moins l'aigreur personnelle face à l'investissement aux études consenti ou/et permis en fonction de ses inégalités de naissance et d’appartenance sociale, que seuls des nantis peuvent se permettre le luxe de méconnaitre ou d'oublier). Ce à quoi je veux en venir, c'est le problème de la souffrance au travail , appelée pudiquement "risques psycho-sociaux", qui ne connaissent actuellement aucune réponse technique valable, autre que la démission ou la rupture conventionnelle ( que d'ailleurs le gouvernement veut également supprimer), en raison du paradigme selon lequel dans notre pays, lorsque l'on est au bord du burn out ou du bore out, il n'y a pas de discussion possible face à un employeur : c'est vous qui êtes le problème, et non les conditions de travail et l'organisation erratique de votre société ou administration. C'est vous qui importez des problèmes personnels au travail. Il s'agit là d'un phénomène de défense, de justification des employeurs bien connu des spécialistes de cette question. Le déni est total. Ce qui m'oblige à reposer mon argumentaire sur un nouveau chiffre : combien de personnes dans ce pays peuvent (si leur action n'était pas qui plus est limitée par des impératifs économiques et des pressions politiques) contrôler le respect des droits des salariés dans ce pays ?
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Attal et le monde qu'il représente, sont donc non seulement des réactionnaires mais également des attardés sociétaux, non pas en retard d'une guerre, mais qui utilisent leur position dominante pour la gagner, au détriment des pauvres, pour confirmer la sentence attribuée à Warren Buffet .
"Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de gagner"
CQFD.
(1) en plus de ce contrôle social accru pour les plus humbles, alors que la part des plus riches dans la générosité collective n'a jamais été aussi faible... Un comble de cynisme et d'incohérence.
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