![]() |
| source |
Après avoir hésité à écrire sur le sujet, j'ai du mal en fin de compte à considérer qu'il ne s'agisse que d'un simple fait divers tragique. Le nombre de morts, leur jeunesse, le contexte festif, la personnalité des gérants, voilà toutes sortes de considérations qui m'amènent à oser m'aventurer sur l'analyse de ce sujet. Nous sommes sur le terrain de la prévention des risques en termes de sécurité incendie. je connais mon sujet, pour être gestionnaire d'établissements recevant du public. Et le moins qu'on puisse dire et écrire, c'est que toutes les précautions pour éviter ces quarante morts et 116 blessés de cette horrible nuit du Nouvel An 2026. Un bien effrayant début d'année pour cette commune comme pour les familles de ces trop nombreuses victimes qui auraient pu être évitées par des principes de simple bon sens quand on connait les origines de ce sinistre comme on les connait à présent :
- un non respect des consignes de sécurité, notamment par l'emploi d'un matériau hautement inflammable, peut-être adapté en termes d'isolation phonique pour échapper aux plaintes des riverains comme je l'ai vu mentionné dans les articles consultés, mais certainement pas comme traitement ignifuge.
- une capacité d'accueil de 100 personnes pour le sous-sol et de 100 personnes pour le rez-de-chaussée, alors que son site mentionne 300 personnes à l'intérieur (et 40 en terrasse, mais là n'est pas le sujet vu le contexte), qui a donc été visiblement dépassée. (source)
- une issue de secours au sous-sol qui de l'avis de plusieurs anciens employés était régulièrement condamnée, ce qui a pu provoquer un mouvement de panique des personnes présentes dans le sous-sol, qui ne pouvaient donc s'échapper que par les escaliers montant vers le rez-de-chaussée... Que de temps perdu dans de telles circonstances !!!
On sait en effet que l'embrasement de l'isolant phonique au plafond a été particulièrement rapide. Entre le moment ou les bougies pyrotechniques emmanchées dans les bouteilles de champagnes portées par les serveurs, dont l'un portait une serveuse sur les épaules, ont enflammé le plafond du rez de chaussée et le moment où toute la salle était en feu, il s'est en effet passé moins d'une minute.
J'ai appris en regardant le journal télévisé de France 2 hier soir que de nombreux établissements de nuit en France ont décidé d'interdire purement et simplement l'usage de ces bougies pyrotechniques, en jetant symboliquement - tout en faisant un argument de communication d'ailleurs - leur stock encore en leur possession. Voilà qui pourrait en effet aller dans le bon sens... s'il n'avait fallu cet horrible drame pour prendre cette décision de bon sens.
Bien sûr, il ne manquera pas de bonnes âmes pour montrer du doigt ces coupables tous désignés que sont Jacques et Jessica Moretti, le couple de gérants du bar Le Constellation de Crans Montana. Ils ont d'ailleurs été entendus ce matin par la justice suisse ce matin.
![]() |
| source |
Certains ont cru bon de déterrer leurs antécédents judiciaires. je ne serai pas de ceux là dans la mesure où, malgré la gravité de ceux-ci, ils ont payé leur peine, et je suis pour le droit à l'oubli, quand les auteurs de délits ne récidivent pas. Les faits n'ont en outre rien à voir avec ce que j'évoque aujourd'hui. Et l'on peut dire qu'ils aggravent leur cas si j'en juge par ce que certains témoignages relatent, à savoir que ce gérant était particulièrement pingre, au point de faire remplacer le contenu de certaines bouteilles par des liquides de bien plus mauvaise qualité que celui indiqué sur l'étiquette. Mais cela n'a rien à voir non plus avec la négligence dont on l'accuse à présent, et qui a eu des conséquences autrement plus graves.
Non, je ne peux pas et ne veux pas les excuser, et les disculper. je ne suis d'ailleurs ni juge, ni policier, ni avocat. J'essaie juste de comprendre comment un tel drame a-t-il été rendu possible, et pourrait être évité dans l'avenir. Et en l’occurrence, on ne peut pas les charger de tout le poids d'une si horrible tragédie. C'est trop à porter pour deux personnes, quelles que soient leurs responsabilités. Mais cette responsabilité générale m'apparaît collective, de laisser ainsi de si jeunes femmes et hommes s'entasser dans un espace aussi réduit, avec des issues obstruées, et une absence totale de bon sens et de vigilance. N'importe qui en regardant les images des instants qui ont précédé l'incendie n'en croit pas ses yeux et peut légitimement halluciner d'une telle bêtise ! Mais c'est là faire abstraction de ceux qui précisément ont également failli dans leur mission de contrôle de conformité de l'établissement par rapport exactement au risque d'incendie. Et les autorités communales elles-mêmes ont avoué et déploré une absence de contrôle depuis au moins 5 ans.
![]() |
| source |
La question que je pose est donc la suivante : en l'espèce, peut-on collectivement faire confiance à de seuls particuliers, surtout quand ils sont aussi négligents que ceux ci, pour leur confier la sécurité de notre population, et plus particulièrement de notre jeunesse ? Ou peut-on légitimement penser que les organes de contrôles qui doivent précisément constituer des garde-fous ont également gravement failli et sont tout aussi responsables de cette négligence présumée qui a été à l'origine de la garde à vue de Monsieur Moretti et, plus étrangement, pas de celle de Madame...
Je finirai à bon escient ce long billet, sans davantage polémiquer, par cet instant de recueillement et de deuil national, aujourd'hui, décrit ici, en pensant tout d'abord à ces trop nombreuses victimes qui avaient pourtant pour la plupart toute la vie devant elles et qui ont été si horriblement saisies par les flammes et les fumées dans un moment pourtant réputé festif. Et il n'y a aucun mot pour dire ce que l'on ressent face à cela si ce n'est ... "reposez en paix". Si c'est possible.
![]() |
| source |




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire